En bref
- Instabilité perçue : 42 % des Français anticipent un scénario de guerre civile, alimenté par une défiance envers les institutions et une crainte de l’explosion sociale.
- Fragilité des forces de l’ordre : La politisation syndicale élevée (70 %) et la fracture entre statut civil et militaire posent la question de la loyauté de la police en cas de crise majeure.
- Préparation autonome : Face au risque de saturation des services de l’État, la sécurisation du domicile et la constitution de stocks deviennent des mesures de prévoyance logiques.
Le terme de « guerre civile » est revenu avec insistance dans le débat public depuis 2021, notamment suite à diverses tribunes de militaires. Pour nous, qui cherchons à développer notre autonomie, il ne s’agit pas de céder à la panique ni de faire de la politique-fiction, mais d’analyser froidement les risques pour adapter notre préparation.
Ken Follet affirmait que la première victime d’une guerre civile est la justice. Lorsque les institutions ne fonctionnent plus normalement, la sécurité individuelle ne dépend plus de l’État mais de votre propre capacité d’anticipation. Comprendre les mécanismes d’un tel effondrement est la première étape de la résilience.
Comment définir le risque de guerre civile aujourd’hui ?
La notion de guerre civile est complexe et souvent mal comprise. Selon le philosophe Guillaume Barrera, auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet, ce conflit naît avant tout de l’inégalité et de l’injustice ressentie. Ce n’est pas nécessairement un affrontement entre deux armées constituées avec des règles claires.
Il faut distinguer la guerre civile des simples émeutes :
- Elle vise à redéfinir non seulement l’ordre social mais aussi l’ordre politique.
- Elle engage directement l’État et ses forces armées.
- Elle survient lorsque les citoyens eux-mêmes se font la guerre.
Barrera rappelle que toutes les passions violentes ne débouchent pas sur des guerres civiles, mais que l’histoire, depuis la Grèce antique jusqu’à l’Espagne des années 30, montre que ce basculement reste une possibilité universelle, même dans des démocraties établies.
Que révèlent les statistiques sur la tension sociale ?
Les indicateurs de tension sociale ont atteint des niveaux d’alerte. Un sondage Ifop/Agir ensemble réalisé pour Le Figaro met en lumière une inquiétude profonde au sein de la population française.

Les chiffres sont explicites quant à la perception du danger par la population :
- 42 % des Français anticipent une guerre civile.
- 60 % doutent de la capacité des institutions à maintenir la stabilité.
- 80 % estiment qu’une explosion sociale risque de survenir dans les mois à venir.
Les causes identifiées par les sondés pour expliquer ce délitement sont multiples. 88 % citent l’évolution de la délinquance, 82 % la concentration de populations de même origine dans certains quartiers, et 77 % les inégalités de revenus. La question religieuse est également prégnante, avec une inquiétude marquée concernant la montée de l’idéologie islamiste, perçue négativement par 84 % de la population globale, bien qu’une fracture générationnelle soit visible chez les moins de 25 ans.
Quelle est la fiabilité réelle des forces de l’ordre ?
En cas de crise insurrectionnelle grave, la question centrale devient celle de l’obéissance des forces chargées d’appliquer le droit. Le précédent historique de la Révolution d’Octobre 1917 en Russie nous rappelle que le pouvoir peut basculer simplement parce que « la garde est fatiguée » et décide de ne plus protéger les institutions.
La France dispose d’un système dual original, conçu pour limiter ce risque :
- La Police Nationale : Environ 150 000 agents (dont 13 000 CRS), sous statut civil.
- La Gendarmerie Nationale : Statut militaire, réputée pour sa loyauté hiérarchique stricte.
- L’Armée de Terre : Environ 110 000 militaires.
Le point de vigilance concerne la politisation de la Police Nationale. Contrairement au secteur privé (8 % de syndiqués) ou à la fonction publique (18 %), les policiers sont syndiqués à près de 70 %. Ces syndicats prennent régulièrement des positions politiques tranchées.
Le devoir de réserve, théoriquement imposé par l’article R 434-29 du Code de la sécurité intérieure, oblige le policier à la neutralité. Pourtant, des déclarations syndicales remettant en cause la justice ou s’alignant sur des positions partisanes sont devenues courantes sans entraîner de sanctions, créant un flou sur la réaction de ces unités en cas de troubles majeurs impliquant des choix politiques.
Quels sont les précédents historiques et scénarios de rupture ?
L’histoire de France démontre que la solidité des institutions tient souvent à peu de choses. Le 6 février 1934, lors d’une manifestation insurrectionnelle place de la Concorde visant l’Assemblée nationale, le bilan fut lourd : 1 mort et près de 1500 blessés parmi les forces de l’ordre.
Si les policiers, qui constituaient la moitié du dispositif, s’étaient retirés sous la pression ou par sympathie politique, le barrage tenu par les gendarmes aurait cédé, permettant l’invasion du Palais Bourbon. Ce scénario rappelle l’invasion du Capitole aux États-Unis en janvier 2021, un type d’événement que redoutent désormais de nombreux Français.
Des projets de réforme actuels pourraient modifier cet équilibre. Le programme de La France Insoumise envisage par exemple la fusion de la police et de la gendarmerie au sein d’une « garde républicaine citoyenne » à statut civil unique. Cela supprimerait le contre-pouvoir que représente le statut militaire de la gendarmerie, historiquement plus imperméable aux mouvements d’humeur politiques.
Comment se préparer concrètement à une instabilité majeure ?
En tant que citoyens prévoyants, nous ne pouvons pas influencer les décisions politiques ou syndicales. Nous devons nous concentrer sur notre périmètre d’action : la protection de notre foyer et de nos proches.
Voici une procédure logique pour augmenter votre résilience face à des troubles civils :
- Analysez votre environnement immédiat : Identifiez si vous vivez dans une zone de fracture potentielle (centre-ville politique, zone de forte délinquance). La cartographie des risques locaux est votre première ligne de défense.
- Sécurisez votre domicile (Base autonome durable) : En cas de saturation des forces de l’ordre, le 17 ne répondra plus. Renforcez vos ouvrants et disposez d’un moyen d’extinction d’incendie performant, le feu étant une arme courante lors d’émeutes.
- Constituez un stock tampon : Les chaînes logistiques sont les premières touchées par les blocages. Visez 2 semaines d’autonomie en eau et nourriture ne nécessitant pas de cuisson complexe.
- Établissez un plan de communication : Si les réseaux saturent, comment joignez-vous votre famille ? Convenez de points de ralliement physiques et d’horaires de contact précis.
Quels réflexes adopter en phase de chaos ?
Si la situation dérape et que des affrontements éclatent, votre attitude doit changer radicalement. L’objectif n’est pas de participer, mais de durer.
- Adoptez le profil bas (Grey Man) : Ne portez aucun signe distinctif politique, religieux ou tactique. Fondez-vous dans la masse pour ne pas devenir une cible.
- Évitez les points de cristallisation : Restez à l’écart des symboles de l’État (préfectures, mairies) et des zones commerciales qui seront les premières pillées.
- Restez mobile mais prudent : Si vous devez évacuer, privilégiez les itinéraires secondaires. Les axes principaux seront probablement bloqués par des barrages (officiels ou sauvages).
La préparation n’est pas un acte de peur, mais de lucidité. Les statistiques et l’histoire nous montrent que la stabilité est une exception, non la règle. En anticipant ces ruptures, vous vous donnez les moyens de protéger ce qui compte réellement pour vous, quelle que soit la tournure des événements.
